Celle qui est partie n’est jamais revenue

Y’a des moments dans la vie où tu as des breaking points. Des moments où tu arrives devant deux options, et que malgré le fait qu’il serait tellement plus logique de prendre la première, tu prends la deuxième. Des instants décisifs qui chamboulent ta vie: des fois pour le pire, malheureusement, mais d’autres fois, pour le meilleur.

Quand on regarde ça la tête reposée, choisir entre continuer ton bac en administration ou partir 6 mois au Moyen-Orient pour un contrat de travail, ça ne devrait pas être compliqué. Le bac, t’sais. Pourquoi aller se perdre dans un pays dont tu n’as jamais entendu parler, à 9 heures de décalage horaire de tous ceux que tu connais, pour la moitié d’une année?

Moi y’a 9 ans, j’ai choisi l’option funky. J’ai bouclé ma valise, et j’ai pris mon vol, tenant dans ma main mon bagage matériel et portant dans ma tête mon petit bagage émotionnel de fille de 22 ans. Je me suis dit que je ferais la moitié du contrat, que 3 mois serait assez, que je reviendrais après.

Mais je suis jamais revenue.

Vous le savez peut-être, j’ai rencontré l’homme, j’ai enchainé les contrats, puis les continents, puis les bébés. Je suis revenue au Québec deux ans avant de repartir.

Mais celle qui a mis le pied dans l’avion, en 2008, elle n’est jamais revenue.

Tu ne peux pas vivre 4 ans dans le golfe arabe, des mois dans le centre-ville de Jakarta, visiter le Qatar, le Royaume de Barheïn, les Émirats arabes Unis, le Kenya, la Malaisie, le Liban, et autres, et revenir inchangée.

Tu ne peux pas parler avec de jeunes omanaises divorcées, avec des femmes de l’Asie du sud-est qui travaillent comme maids dans la péninsule arabique, avec un homosexuel qui vit l’oppression extrême au point de craindre pour sa vie au Kenya, avec des mineures qui doivent se prostituer à Jakarta pour faire vivre leur famille, et revenir pareille. Les regarder monter à l’Hôtel avec des sexagénaires occidentaux mariés, ne rien pouvoir faire. Tu ne peux pas restée pareille.

Tu ne peux pas aller faire ton shopping dans un centre à Dubaï, passer devant un Louis Vuitton et ne pas remarquer le travailleur indien qui bosse dehors à 40 degrés pendant 15 heures avant de retourner à son <<camp>> dormir.

Tu ne peux pas ne pas remarquer les tanks saoudiens cernant la ville de Manama pour faire peur à ceux qui souhaitent parler trop fort.

Tu ne peux pas ignorer les enfants qui vont aux toilettes sur un trottoir d’Asie juste à côté de buildings et de voiture de luxe.

Non, la fille de 2008 qui arrivait de sa première année de bac à l’UQTR n’est jamais revenue. Celle qui vous parle est j’espère, une version améliorée qui a le cœur et les yeux plus ouverts. Elle a appris des choses qui ne s’apprennent pas à l’école. Elle tente toujours de chercher un sens à tout ça et de mettre à profit sa nouvelle vision du monde. Un jour peut-être.

 

 

 

 

 

 

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